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#1 Interview : Comment s’épanouir en étant asexuel.le ?

Note sur la rédaction

Un jour, en défilant ma messagerie, je tombe sur une demande singulière : est-ce qu'il serait possible de faire un article sur l'asexualité ? 

Je connais le terme mais, je n'ai jamais étudié à fond le sujet. A vrai dire... je n'en ai jamais entendu parler qu'à travers mes propres recherches.

Je me rappelle d'une période de ma vie où j'ai pu un jour me poser cette question : lorsque j'ai embrassé une fille pour la première fois, je m'attendais à ressentir « quelque chose ». Un « feu d'artifice » disaient les autres. Du « désir ». Pourtant, en embrassant cette fille... je n'ai rien ressenti de plus qu'avec un garçon.

Ne suis-je donc ni homo, ni hétéro ? Pourquoi est-ce que je ne ressens rien ?

On nous apprend que l'attirance sexuelle est la normalité. Mais qu'en est-il de ceux dont l'expérience est différente ?

J'ai fini par éprouver du désir sexuel pour une fille et j'ai oublié cette partie de mon histoire. Mais qu'en est-il de tous les autres jeunes qui ne se retrouvent pas dans le vécu de leurs ami.e.s ? De leur famille ? De ce que l'on raconte dans les livres ? 

Vous parlez aujourd'hui d'asexualité est un sujet qui nous touche. Parce que s'il est devenu « normal » de se poser la question de son attirance pour les filles ou les garçons, les cours d'éducation sexuelle ne parlent toujours que d'une chose : l'hétérosexualité.

Nous sentons que quelque chose nous rapproche, les personnes asexuelles, et nous, les homosexuelles...  mais quoi ? 

Je décide de mener mon enquête et fais un appel à témoignage pour une interview. J'épluche plusieurs sites, je contacte plusieurs personnes... sans obtenir de retour. Jusqu'à ce que je tombe sur le forum Aven Francophone

Au début, les personnes ne se sentent pas légitimes à partager leur vécu. Elles ont peur de ne rien avoir à apporter, ou d'apporter un regard trop négatif sur l'asexualité : s'il n'est pas évident pour nous de faire notre coming out, il est encore plus difficile de parler d'asexualité. Difficile de faire des rencontres, d'en parler en étant compris.e, écouté.e, respecté.e.

Jusqu'au jour où je fais la rencontre de Louis qui accepte d'échanger avec moi par téléphone.

Il est très investi dans sa communauté et cherche à rendre visible quelque chose qu'il aurait aimé découvrir plus tôt, pour trouver des réponses à toutes les questions qu'il se posait. 

Il m'explique que les personnes sont frileuses de donner leur témoignage, parce qu'elles ont eu des expériences négatives avec des journalistes qui insistaient, par exemple, pour qu'elles dévoilent leurs pratiques sexuelles... je suis choquée.

Et cela me donne encore davantage l'envie de donner vie à cet article.

Il me parle de son expérience avec cette femme qui a douté de la sincérité de ses sentiments parce qu'il n'éprouvait pas de désir... alors qu'il était amoureux.

Puis le manque d'intérêt que porte ses proches à son histoire, à ses relations, en tant que personne asexuelle. Il m'explique qu'on peut le croire menteur, parce qu'un homme doit forcément ressentir quelque chose sexuellement. 

A travers sa personnalité engagée et déterminée à donner plus de visibilité à l'asexualité, Louis demande à ses homologues de participer en apportant leur témoignage afin de nous aider.

Et c'est à ce moment-là que nous avons reçu plusieurs témoignages, tous plus intelligents, constructifs, instructifs, et touchants les uns que les autres : oui, ils ont bien quelque chose à apporter.

C'est ce que nous allons vous partager aujourd'hui dans notre nouvel article dédié à l'asexualité.

Découvrez les expériences et les conseils de Louis, Adrien, Maxime, Gaëlle, Chloé, et Julie à travers l'article que Léna a spécialement rédigé pour vous sur l'asexualité... dont peut-être la vôtre. 


Lumière sur l'asexualité


Vous le savez, sur le blog Drague Queer, nous avons à cœur de casser les codes de l'hétéronorme et d'offrir plus de visibilité aux femmes attirées par les femmes.

Mais nous avons également l'ambition de donner la voix à toutes les personnes faisant partie de notre belle communauté LGBTQ+.

Premièrement, parce que se soutenir entre nous, nous semble indispensable.

Deuxièmement, parce que vous pourriez très bien trouver des réponses à vos propres questionnements, et que c'est en parlant de thèmes importants mais encore trop souvent mis de côté que l'on permettra aux personnes concernées de trouver plus rapidement et facilement qui elles sont.

C'est pourquoi aujourd'hui, nous avons décidé d'aborder le sujet de l'asexualité grâce aux personnes concernées qui ont généreusement accepté de contribuer à l'écriture de cet article, en nous livrant leur histoire, avec confiance, et que je remercie dés maintenant du fond du cœur.

Je pensais, comme tout le monde, que "ça" viendrait en temps voulu, même si je n'étais pas plus pressée que ça. Mais, en faisant des essais, j'ai bien vu que ça ne marchait pas et que ça ne me convenait pas. Je passe sur les années de questionnement et d'interrogations qui ont quand même bien menacé mon équilibre psychologique. Et puis, il y a deux ans, j'ai entendu, pour la première fois, à la radio, le terme "asexualité". Et là, je me suis pris une grande claque qui m'a enlevé un poids énorme des épaules : non seulement, il n'y a rien qui cloche chez moi, je suis normale, mais en plus je ne suis pas la seule !! »

Chloé

Si, comme cela a été le cas pour Chloé en allumant sa radio, l'une d'entre vous se reconnaissait dans l'un des témoignages collectés pour cet article, alors sa publication prendra encore plus de sens.


Vous avez dit asexuel.le ?


Au même titre que l'homosexualité, la bisexualité ou encore la pansexualité, l'asexualité est une orientation sexuelle.

Selon les témoignages recueillis, être une personne asexuelle signifie que l'on ne ressent pas de désir sexuel envers d'autres personnes.

Bien qu'il n'y ait pas de norme concernant le rythme de rapports sexuels que l'on souhaite avoir, il s'agit bien ici d'une absence de désir, qui est persistanteet qui n'a rien avoir avec une baisse de libido passagère. D'ailleurs, on peut être asexuel.le et avoir une libido, être asexuel.le et regarder du porno, être asexuel.le et se masturber... C'est le cas de Julie :

« Je n'ai pas du tout de problème de libido, mais le sexe avec les autres non merci, je suis ce qu'on appelle Aegosexuelle (j'apprécie l'érotisme comme stimulation mais je ne me visualise jamais dans ces situations et je ne désire pas en faire partie). »

Julie

Ce n'est pas non plus une incapacité physique à vivre des relations sexuelles, mais souvent une absence d'intérêt pour les relations sexuelles, comme nous le décrit Maxime :

«  Je suis asexuel parce que je ne ressens pas de plaisir lors du contact sexuel […] Du coup pour moi le sexe c’est comme faire la vaisselle, ça m’apporte rien et c’est des fois un peu une corvée, mais j’aime bien sentir le contact de l’eau de temps en temps quand même. »

Maxime

Il est important de souligner qu'être asexuel.le n'est ni un défaut ni une maladie, c'est une particularité, comme chaque orientation sexuelle. Adrien l'explique très bien ici :

« C'est le fait de ne pas ressentir de désir sexuel. Un peu comme une machine avec un bug d'usine : la fonction "sexualité" est absente, et appuyer sur le bouton ne sert pratiquement à rien. Je ne me sens pas cassé ou défaillant pour autant, juste différent. »

Adrien


A la recherche de soi...


L'asexualité est malheureusement encore très peu représentée et comprise dans notre société, c'est pourquoi il peut être difficile de savoir que l'on est concernée.

C'est alors souvent par un heureux hasard que les personnes asexuelles comprennent enfin qui elles sont, comme ce fut le cas pour Gaëlle :

« Je me suis posée des questions, parce que je voyais bien qu'à l'âge où tout le monde parlait de sexe, j'étais en décalage. Ça ne me tentait pas, je n'arrivais pas à répondre aux questions "coquines". Et plus je grandissais, plus je me heurtais à des réflexions sur le fait que j'étais une gamine parce que je ne regardais pas de scènes érotiques par exemple. Alors j'ai tapé quelques mots clefs sur Google ou sur youtube […] quand j'ai vu la définition de ce mot, je m'y suis reconnue à 100% »

Gaëlle

Si vous vous posez la question, peu importe votre age et votre vécu, c'est légitime, et il sera toujours bon pour vous de faire quelques recherches, ou encore de discuter avec des personnes qui s'assument en tant que telles.

Les personnes ayant témoigné vous conseillent le forum ''Aven Francophone'' afin d'entrer en contact avec d'autres asexuel.le.s, partager votre expérience et apprendre de celle des autres.

Louis nous a confié que c'est un forum « qui représente, pour lui, une très bonne source d'informations pour les personnes asexuelles ».

Louis nous a également informées qu'il existait l'association AVA (Association pour la Visibilité Asexuelle),et si vous vivez à Paris, vous pouvez rejoindre le groupe de la Communauté Asexuelle de Paris afin de participer à des rencontres entre membres.


S'assumer pour qui l'on est


Nous le savons, tout ce qui n'entre pas dans le modèle typique de la relation Disney est souvent vu d'un mauvais œil et il peut être compliqué de l'assumer auprès des autres (ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, j'aime beaucoup Mulan et Elsa !).

Si pour certaines, le simple fait d'avoir compris qui elles sont leur suffira à le vivre pleinement, pour d'autres, cela demandera plus de temps.

Et c'est un temps que je vous encourage à prendre pour vous, car avant même d'envisager d'être aimée pour qui l'on est, s'aimer soi-même est la base pour beaucoup de choses.

Cependant, il arrivera un moment où, faire semblant, s'adapter sans cesse pour être acceptée, deviendra trop pesant, et devenir soi deviendra alors le seul choix envisageable.

Ce qui est une bonne nouvelle, car le fait de s'accepter et de se présenter au monde comme la personne que nous sommes réellement est souvent suivi d'un grand sentiment de soulagement et de liberté (je peux citer Elsa là aussi ou vous allez me détester ?).

Adrien nous dit que pour en parler avec les autres, le mieux reste de« sortir de sa zone de confort et faire un coming-out, d'abord avec ses proches ».

C'est en parcourant les témoignages recueillis que cela m'a définitivement confortée dans l'idée que l'asexualité, faisait bel et bien partie de la communauté Queer.

En effet, comme nous l'a confié Louis, certaines associations LGBT refusent l'accès aux personnes asexuelles, prétextant qu'elles visent les sexualités différentes, et non ''l'absence de sexualité''.

Cela me paraît absurde, puisque l'asexualité est évidemment bien différente de la norme que représente l'hétérosexualité.

Ce qui me fait penser que les personnes concernées peuvent traverser les mêmes étapes que j'ai pu vivre en tant que lesbienne, à savoir : l'incompréhension, le questionnement, le refoulement, l'acceptation et la libération (chut Elsa !).


Asexuel.le et en couple


Ne pas désirer l'autre sexuellement, ne signifie pas forcément que l'on ne souhaite pas vivre de relations amoureuses.

Nombreuses sont les personnes asexuelles qui sont en couple, ou l'ont été.

Si les relations précédant la révélation (à soi-même pour commencer) de son asexualité peuvent être compliquées, comme nous le décrit Adrien :

« J'ai commencé à croire que j'étais donc gay, puis à accumuler les conquêtes féminines, jusqu'à ce que j'en aboutisse à la conclusion que ce n'était pas fait pour moi, que le sexe était plus une corvée inutile qu'autre chose »

Adrien

Après avoir compris et accepté qui l'on est réellement, il est tout à fait possible de vivre des relations épanouissantes.

Gaëlle nous a raconté qu'elle vivait une belle relation avec une autre personne asexuelle :

« Ça se passe très bien. L'avantage c'est qu'on a pas à s'embêter par rapport à tout ce qui est sexualité, et on a la chance de voir la sexualité à peu près de la même manière, donc on sait jusqu'où ça n'ira pas quoi »

Gaëlle

Si vous-même êtes non-asexuelle, il est parfois possible d'envisager une relation avec une personne asexuelle, mais dans ce cas, Gaëlle vous conseille :

« d'être à l'écoute et le plus compréhensif possible. Éviter les remarques blessantes, parce que personne n'aime se sentir attaqué dans son orientation sexuelle. Et d'être attentif aux besoins de l'autre pour pouvoir trouver des compromis si c'est possible. L'important c'est la communication et le respect. »

Gaëlle

Adrien, lui, est plus radical et pense que cela n'est pas envisageable :

« Je pense que c'est impossible. On ne peut pas demander à l'autre de se castrer, et l'autre ne peut pas nous demander d'avoir envie de sexe. »

Adrien

Asexuelle ou non, à vous de voir ce qui est indispensable pour vous, ce qui est concevable de ce qui ne l'est pas. Respectez-vous et respectez le consentement de l'autre, comme dans n'importe quelle relation saine, tout simplement.


Petit mot sur l'aromantisme


J'aimerais également ajouter que si le terme « asexualité » ne concerne que la sexualité, il existe le terme « aromantisme » qui concerne lui, la partie romantique et donc les sentiments amoureux.

C'est-à-dire que si on est aromantique, cela veut dire que l'on ne développe pas de sentiments amoureux.

Plusieurs de nos témoins se définissent « aro-ace » (= aromantique et asexuel.le), et je trouvais donc important de mettre aussi un peu de lumière sur cette particularité.

Julie a définitivement mis des mots sur qui elle était à la lecture du livre ''Loveless'' d'Alice Oseman , qui pourrait vous éclairer, si vous vous questionnez sur ce sujet vous aussi.

« Pour l'aromantisme je n'ai appris son existence qu'à mes 30 ans en faisant mes recherches, je me doutais être sur le spectre, mais c'est vraiment le livre "Loveless" de l'auteure Alice Oseman elle-même Aro-Ace qui m'a validée dans cette identification. »

Julie


Les super-pouvoirs des asexuel.les


Pour finir cet article, j'avais envie de vous parler des chouettes côtés du fait d'être asexuel.le, (ou de vivre une relation avec une personne asexuelle), parce que je suis intimement persuadée que chaque particularité que nous sommes amenées à découvrir, des autres, ou de nous-même, recèle en fait, de pouvoirs insoupçonnés.

Est revenu très souvent, la communication.

En effet, lorsqu'on vit sa sexualité de façon différente (par une absence de sexualité partagée, par exemple), communiquer semble encore plus précieux et nécessaire.

« Quand on est ace, on ne veut pas forcément de rapport sexuels, d'accord. Mais chacun a ses limites niveau sexualité, même en étant asexuel. Par exemple, certaines personnes aces vont vouloir beaucoup de tendresse/sensualité et d'autres pas du tout. De ce fait, la communication la dessus devient quelque chose d'important »

Gaëlle

Si vous n'êtes pas asexuelle, rien ne vous empêche de vous inspirer de cette qualité dans vos relations, car c'est à mon avis, un excellent moyen de vivre en harmonie. N'oublions pas que chaque personne est différente, et que nos désirs ne sont pas forcément ceux des autres. En parler amènera toujours quelque chose de bon.

Pour ma part, j'ai toujours donné beaucoup d'importance à la communication dans mes relations, et c'est grâce à cela que j'ai pu survivre à quelques périodes difficiles, ou encore apprendre de l'autre pour grandir auprès d'elle.

Avec une touche d'humour (ou pas), certain.e.s de nos témoins, comme Julie dans l'extrait qui suit, nous ont affirmé que lorsqu'on est asexuel.le, on est forcément plus fidèle, et souvent moins jaloux.se :

« Un côté de notre relation qu'il a apprécié, c'était que je le laissais avoir ces soirées entre potes quand il le voulait (pendant ce temps moi je pouvais faire ce que je voulais aussi), que je n'étais pas jalouse (pour moi il était inconcevable de le tromper surtout que c'était déjà assez d'effort d'être en couple avec une personne, donc ça me paraissait logique qu'il soit fidèle lui aussi). Point positif de l'asexuel c'est qu'il est fidèle je pense. »

Julie

J'ajouterai, appuyée par Adrien qui nous a parlé de raffinement, que les personnes qui ont témoigné pour nous, avaient toutes une très belle façon de voir l'amour et/ou les relations, à l'instar de Maxime ici :

« Pour moi l’amour c’est une relation fusionnelle psychologique, un attachement et une attention à l’autre quotidienne. »

Maxime


Remerciements


Stéphanie se joint à moi pour remercier infiniment Julie, Maxime, Chloé, Adrien, Gaëlle et Louis, ainsi qu'au site kelove, qui nous ont permises de rédiger cet article.

Les propos ont été recueillis par Stéphanie, sur le forum Aven Francophone.

Tous les prénoms et pseudos ont été modifiés afin de garantir l'anonymat de chacun.e.

Pour aller plus loin, et/ou pour faire des rencontres entre personnes asexuelles : Kelove

Pour faire des rencontres organisées sur Paris : Paris Asexuals

Pour discuter entre personnes asexuelles : Forum Aven Francophone


Oh... un dernier conseil, de la part d'Adrien :

« Si vous êtes A, autant en rigoler. Si vous êtes S, faites pareil. Et si possible, faites-le en même temps ! »

Adrien


Tags

acceptation de soi, asexualité, coming out


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